mardi 26 juin 2012

19 juin, Kanata, ON : Retour à la réalité...


Nous sommes arrivés en terre canadienne, plus précisément à Main Duck Island, la fin de semaine dernière.  Nos amis de la Jeannoise et l’équipage de Maximo Alejandro nous y attendaient.  Ce fut de belles retrouvailles qui ont mis un peu de baume sur la fin de notre belle aventure.  Je vous écris aujourd’hui de notre demeure à Kanata, nous y avons remis les pieds dimanche soir après une absence de près d’un an.  Au départ, j’avais intitulé ce blog, le retour à la vraie vie… mais cela sonnait trop faux pour moi, car pour nous, la vraie vie, elle était là-bas ; ici c’est la réalité que nous devons ou que nous choisissons de réintégrer.  Plusieurs voiliers et équipages que nous avons croisés étaient heureux de retourner chez eux, reprendre leurs habitudes et leur rythme de vie, pour nous, ce n’était pas vraiment le cas.  Nous étions réellement bien sur Raftan malgré les aléas de la vie de navigateurs et d’itinérance.  Nous aimions ce rythme et ce style de vie.  Mais voilà, l’être humain étant bien fait, nous nous adapterons à ce retour et y trouverons certainement de nombreux avantages d’ici quelques semaines.  Pour l’instant, c’est un peu l’état de choc.  En voile, nous avions un but, un sens à tous nos gestes et décisions depuis notre départ;  nous devions surveiller la météo, assurer notre sécurité, prévoir les escales, lire sur les destinations, s’approvisionner, etc.   Lorsqu’hier soir je me suis retrouvée pour la première fois assise devant la télévision,  j’ai senti un vide intense s’emparer de moi.  Cela ne faisait tout simplement pas de sens pour moi d’être entre quatre murs à regarder l’écran.  J’avais l’impression étrange de perdre mon temps, d’être en train de manquer quelque chose… cela doit être ça le « blues » du retour.

Cette aventure nous a probablement changés et ce plus que nous le croyons, notre regard sur notre vie d’avant a déjà beaucoup changé.  Mon expédition d’hier au Costco m’a même un peu traumatisée!  Après avoir vécu avec très peu d’accès aux biens et provisions pendant près d’un an, je me suis sentie dépassée par la quantité de choix que nous devons faire lors de l’épicerie.  Dans les îles c’est plutôt simple, s’ils ont des bananes tu en achètes; s’ils ont des tomates sans moisissures, tu en achètes; si tu trouves de la viandes fraîches… tu sautes dessus!   Je me souviens à quel point les enfants étaient excités lorsque j’ai acheté des céleris à Sainte-Lucie…   Bref, nous faisions avec ce qui était disponible, alors imaginez le changement de revenir à une épicerie nord américaine.  Il y a tout de même de grands avantages à pouvoir prendre son auto, se rendre à l’épicerie, mettre les sacs dans sa valise et revenir à la maison en moins de deux heures sans se soucier des vents, de la météo et sans avoir à marcher avec des sacs tellement lourds qu’ils donnent l’impression que nos bras s’allongent.  Le plus gros avantage que je vois à ce jour est d’avoir une laveuse à linge à proximité, à volonté, que je peux quitter momentanément pour vaquer à d’autres occupations!

Ce fut une aventure extraordinaire et les souvenirs que nous en rapportons nous animeront pour les années à venir.  Nous commençons à peine à réaliser, lorsque nous racontons notre vécu aux gens que nous rencontrons, à quel point nous en avons vu et fait des choses en si peu de temps.  Nous avons énormément appris, nous avons pris de l’assurance en tant que navigateurs et nous avons tissés des liens familiaux encore plus étroits que jamais. 

Ce n’est donc pas la fin d’un rêve pour nous puisque la voile fait partie intégrante de notre vie.  Je dirais plutôt que c’est le premier pas, celui qui donne le goût d’avancer encore plus rapidement vers le rythme de vie auquel nous aspirons.

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